Compte-rendu de l’audience des « Mouniers » le 26 février 2013

Ce mardi 26 février 2013 deux parents d’élèves du collectif Mounier,
Marc GARNIER et Alain MINAULT, comparaissaient au tribunal correctionnel,
poursuivis par le recteur d’académie pour « dégradation de bien public » :
décoration peinte au sol, sur le parvis du rectorat, lors d’un rassemblement le 4 juin 2012.

 

Un procès Collectif

Pour souligner  le caractère collectif des actions incriminées, neuf  personnes du Collectif se sont déclarées solidaires des prévenus, demandant à comparaître volontairement mais la juge a déclaré irrecevable leur requête.  Deux d’entre elles ont tout de même pu s’exprimer brièvement à la barre pour dire leur soutien et rappeler l’engagement de tous les membres du Collectif dans cette action.
Les poursuites contre Alain Minault ont été rapidement abandonnées, en effet il n’apparaissait pas en action sur les photos présentées par le recteur. Par contre Marc Garnier a reconnu avoir été le « bras peignant » du collectif : avec une bombe de peinture, il a effectivement dessiné un cœur, inscrit  le slogan du collectif « we love Mounier » et ajouté les mots « jeunesse, justice, exemplarité » une « citation » de François Hollande lors de son premier discours de président.

L’avocat du Trésor Public (propriétaire du parvis)

L’avocat du Trésor Public a déclaré qu’il s’agissait d’une « dégradation de bien public » et non d’un simple « dommage léger » au motif qu’il avait fallu plus d’une heure de nettoyage au Karcher et l’intervention d’une entreprise pour enlever les inscriptions. Il a demandé le remboursement de ces frais, pour la somme de 1028€ TTC, et un euro symbolique pour « préjudice moral ».

Le représentant du ministère public

Le substitut du procureur a qualifié les dessins de « tags » et la lutte des  Mounier de « mouvement social », bel éloge... Il a convenu  que savoir si l’Etat pouvait faire l’objet d’un préjudice moral relevait d’un débat hautement philosophique.
Au final il a demandé le remboursement des frais de nettoyage et une dispense de peine  qui serait prononcée ultérieurement au vu du règlement effectif de la facture fournie par le rectorat.

Les avocates de la défense

Maitre PIGEON et par la suite Maître VERNAY, avocates des prévenus, ont expliqué que le collectif Mounier avait accompli un travail citoyen remarquable, participant à l’éducation des jeunes, en employant des moyens non violents : rassemblements festifs et recours au tribunal administratif.
Maître PIGEON a recensé pas moins de 200 actions. Elle a rappelé qu’à  l’opposé  le recteur n’avait  pas réellement mis en œuvre la décision du tribunal administratif de novembre 2011, qui annulait la réduction des effectifs. Il était donc « naturel » que les parents d’élèves et personnels du collectif demandent au recteur « par tous les moyens » de mettre en œuvre cette décision, confirmée en appel en juin 2012. C’était précisément l’objet du rassemblement du 4 juin 2012. 
Les avocates ont rappelé les propos du recteur qui suggérait  « envoyer les professeurs à Oulan-Bator » (capitale de la Mongolie), des propos indignes d’un haut responsable de l’Education nationale
.

Maître Joëlle Vernay a indiqué que la veille de l’audience encore, le rectorat a tenté de faire pression sur le ministère public (coup de fil au greffe du tribunal).
Les avocates ont demandé le rejet du préjudice moral et une dispense immédiate de peine.
Elles ont rappelé, non sans humour, que le rectorat récupère la TVA et que si le remboursement des frais de nettoyage était demandé il devrait l’être Hors Taxes…

 

Les prévenus

Marc Garnier a expliqué que la fermeture du lycée Mounier aurait remis en cause tout le travail effectué pendant 10 ans en tant que président des parents d’élèves du Collège Olympique, qui est dans le secteur du lycée Mounier et plus généralement pour maintenir dans les quartiers sud un service public d’enseignement de qualité en sauvegardant  la mixité sociale. Il a rappelé en outre qu’après avoir perdu au tribunal administratif, le recteur avait affirmé  dans la presse « Ceux qui prétendent que la fermeture de Mounier a pour but de faire des économies ou alimentent le débat complètement débile d’un lycée de trop sur Grenoble feraient mieux d’aller voir un psychiatre », traitant ainsi de fous les membres du Collectif. Il a indiqué aussi le traumatisme subi par les élèves de troisième du collège Munch en juin 2012, élèves refusés dans le lycée que leurs frères et sœurs avaient fréquenté. C’est dans ce contexte très tendu qu’a été  organisé un rassemblement « pique-nique » devant le rectorat.  Marc Garnier a aussi insisté sur le caractère citoyen et exemplaire de cette résistance et sur le fait que le recteur n’avait jamais accepté la victoire du Collectif. Il a réaffirmé le seul but du Collectif : la sauvegarde du service de l’éducation nationale pour tous.

 

Alain Minault a dénoncé l’acharnement patent du recteur vis-à-vis d’un lycée expérimental,  lycée Mounier où Pierre Jourdan, professeur de lettres pendant 20 ans (de 1963 à 1983) a  créé  le « mini parlement » , initiateur national de la vie démocratique lycéenne (cf son ouvrage « délégués flash »). Alain Minault a relevé que les propos du recteur, haut représentant de l’état, évoquant une déportation à Oulan Bator des professeurs sont particulièrement choquants dans la ville de Grenoble faite  Compagnon de la libération par le Général de Gaulle en 1944. Et que dire de la psychopathie présumée des membres du collectif… Les actes du collectif ont été des actes de résistance aux décisions « par défaut » de positionnement du recteur. Le recteur ne s’est pas comporté comme un représentant exemplaire de l’état et a même refusé la parole aux représentants légitimes du CAEN (Conseil Académique de l’Education Nationale) convoqué le 4 juin. 
A l’opposé, ce sont bien les actions du collectif qui ont sauvé le lycée Mounier.
Le collectif a dû, pour cela, recourir à la désobéissance civile en jouant avec les limites de la légalité. Le collectif a pu ainsi saisir l'opinion publique et les médias pour forcer, classe après classe et élève après élève, le rectorat à agir et rendre sa viabilité au lycée Mounier.

 

Le recteur

Le recteur arrivé dès 9h avec une équipe de collaborateurs a patienté 3h dans la salle, assistant ainsi à tous les procès précédents.
Durant l’audience il a montré des signes d’énervement à chaque fois qu’étaient rappelés les incohérences de ses décisions,  la violence de ses propos (Oulan Bator, le château de cartes, la psychiatrie…) ou le caractère « citoyen » du mouvement.  
En fin d’audience il a quitté la salle furieux, refusant une interview aux quelques journalistes présents.

Sans doute ne s’attendait-il pas à cela ?

Décidément les Mouniers le surprendront toujours.

 

L’affaire est mise en délibéré au Mercredi 13 mars à 13h30.

 

 

   Contacter le Collectif :  soutien@lycee-mounier.fr